« Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement. Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer » (Ap 12, 1-2.5).

Personne ne met en doute le fait que cet enfant soit Jésus. Ainsi, il va de soi que celle qui l'enfante soit la Vierge Marie. Les catholiques utilisent ce passage dans l'explication de ses privilèges : son Immaculée Conception, son Assomption, etc. Certaines dénominations protestantes acceptent aussi l'identification de la Femme à Marie. D'autres par contre, hostiles à l'importance accordée à Marie dans la foi catholique, s'y opposent. Étudions le texte.

1. Marie est légitimement la Femme de l'Apocalypse

Le livre de l'Apocalypse est un livre complexe qui rapporte les visions de l'Apôtre Jean (Ap 1, 10), en employant beaucoup de symboles dont l'interprétation n'est pas toujours aisée. À certains endroits, le livre même mentionne qu'il n'est pas facilement accessible : « C'est ici qu'il faut de la finesse ! Que l'homme doué d'esprit calcule le chiffre de la Bête... » (Ap 13, 18).

Pour revenir à la Femme du chapitre 12 de l'Apocalypse, disons qu'un signe, un symbole peut renvoyer à plusieurs choses. Et dans ce cas, aucune de ces réalités que représente le symbole ne doit être écartée. Au verset 5, on lit : « Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer » (Ap 12, 5). Par conséquent, en premier lieu, puisque l'enfant qui naquît est Jésus, il est très juste d'affirmer que la Femme représente Marie. Qu'il y ait d'autres significations possibles de ce « signe grandiose », de cette « Femme », ne signifie pas que l'on devrait rejeter la première signification, l'identification légitime à la Vierge Marie.

D'ailleurs, Ap 12 montre une Femme qui triomphe de l'hostilité de « l'énorme Dragon, l'antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier » (Ap 12, 9), contrairement à Gn 3 qui présente Ève, une femme qui a succombé à la séduction du tentateur. À ce dernier, Dieu dit : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien » (Gn 3, 15). C'est ce qui se réalise dans l'Apocalypse.

2. Autres symbolismes de la Femme

Il est aussi possible de voir la Femme de l'Apocalypse comme une représentation du peuple de Dieu qui engendre le Messie. Après l'Exode, la traversée du désert par le peuple de Dieu peut être rapprochée au séjour de la Femme au désert (Ap 12, 6).

Cela est cohérent avec le fait que dans l'Ancien Testament, le peuple de Dieu est souvent représenté par la figure d'une femme : « Lève les yeux aux alentours et regarde : tous sont rassemblés, ils viennent à toi. Tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors, tu verras et seras radieuse, ton cœur tressaillira et se dilatera, car les richesses de la mer afflueront vers toi, et les trésors des nations viendront chez toi » (Is 60, 4-5 ; Is 54 ; Os 2, 21-25).

De plus, la Femme apparaît, « le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête » (Ap 12, 1). Ces éléments cosmiques font penser au songe de Joseph : « Il dit : "J'ai encore fait un rêve : il me paraissait que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi." Il raconta cela à son père et à ses frères, mais son père le gronda et lui dit : "En voilà un rêve que tu as fait ! Allons-nous donc, moi, ta mère et tes frères, venir nous prosterner à terre devant toi" » (Gn 37, 9-10) ? Dans cette perspective, les 12 étoiles de la femmes pourraient bien représenter les 12 tributs d'Israël.

Dans le Nouveau Testament, l’Église, nouveau peuple de Dieu (1 P 2, 10), est aussi décrite comme une Femme, une épouse. Saint Paul dit : « J'éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ » (2 Co 11, 2). Et l'Apocalypse d'ajouter : « Car, voici les noces de l'Agneau, et son épouse s'est faite belle : on lui a donné de se vêtir de lin d'une blancheur éclatante. Le lin, c'est en effet les bonnes actions des saints » (Ap 19, 7-8). La Femme de l'Apocalypse est, dans un certain sens, l’Église, à qui s'en prend le serpent : « Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s'en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12, 17).

Mais comme souligné ci-dessus, ces autres symbolismes ne permettent pas de supprimer la signification première et légitime, qui consiste à voir en Marie la Femme qui est couronnée d'étoiles. La présence de la lune, du soleil et d'une constellation autour d'elle dans un signe grandiose qui apparaît dans le ciel (Ap 12, 1) accomplit pleinement la prophétie du Cantique des cantiques : « Qui est celle-ci qui surgit comme l'aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, redoutable comme des bataillons » (Ct 6, 10) ?

3. L'Apocalypse, un livre sur l'avenir ?

Néanmoins, quelques objections subsistent. Le dernier livre de la Bible commence ainsi : « Révélation de Jésus Christ : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt » (Ap 1, 1). Certaines personnes considèrent alors que le contenu de l'Apocalypse est relatif à des choses qui doivent arriver, et non déjà réalisées. Ce raisonnement ne tient pas. Il suffit de constater qu'il y a bien dans l'Apocalypse la description d'événements futurs, comme l'avènement d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle (Ap 21, 1).

Mais il est aussi question d'événements passés et d'instructions pour le présent, parmi lesquels on peut citer la description de l'état moral des communautés chrétiennes de certaines localités et la conduite qu'elles doivent adopter. On lit par exemple : « À l'Ange de l’Église de Pergame, écris : Ainsi parle celui qui possède l'épée acérée à double tranchant. Je sais où tu demeures : là est le trône de Satan. Mais tu tiens ferme à mon nom et tu n'as pas renié ma foi, même aux jours d'Antipas, mon témoin fidèle, qui fut mis à mort chez vous, là où demeure Satan. Mais j'ai contre toi quelque grief : tu en as là qui tiennent la doctrine de Balaam ; il incitait Balaq à tendre un piège aux fils d'Israël pour qu'ils mangent des viandes immolées aux idoles et se prostituent. Ainsi, chez toi aussi, il en est qui tiennent la doctrine des Nicolaïtes. Allons ! repens-toi, sinon je vais bientôt venir à toi pour combattre ces gens avec l'épée de ma bouche » (Ap 2, 12-16). La situation de l’Église de Pergame n'est pas un événement à venir mais bien réel, déjà accompli.

4. Marie a enfanté miraculeusement, sans douleur

Après la faute d'Adam et Ève, « Dieu dit à la femme : Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn 3, 16). Les douleurs de l'enfantement apparaissent ainsi comme une malédiction survenue à cause du péché de nos premiers parents, qui a entraîné la multitude des hommes au péché (Rm 5, 12-19).

Or, Marie a été préservée du péché originel : c'est ce que l’Église appelle l'Immaculée Conception. Elle n'a pas commis de péché personnel non plus. Par suite, elle a été préservée des douleurs de l'enfantement. C'est une conviction de l’Église catholique que Jésus est né miraculeusement, sans que Marie ne ressente les douleurs de l'enfantement.

Or l'Apocalypse dit : « Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement » (Ap 12, 2). Les détracteurs de l’Église catholique pensent alors trouver une objection à ce que Marie soit la Femme de l'Apocalypse.

Seulement, pour ce qui concerne Marie, les prophéties sont subtiles. Quand Jésus fut présenté au Temple, le vieux Syméon lui dit : « Toi-même, une épée te transpercera l'âme » (Lc 2, 35) ! Cela ne signifie pas que Marie ait été poignardée ou qu'elle soit morte martyr. L’Église y a vu toute la douleur qu'elle a endurée pendant la Passion et la Mort de notre Seigneur Jésus-Christ. En particulier, Marie a reçu dans son cœur un glaive de douleur en lieu et place de son Fils déjà mort qui ne pouvait plus ressentir de douleur, lorsque, sur la Croix, le soldat transperce son côté de sa lance (Jn 19, 34). C'est toute cette douleur-là qui est représentée par les douleurs de l'enfantement mentionnées dans Ap 12, 2.

« Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête » (Ap 12, 1). C'est pourquoi, dit-elle : « Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom » (Lc 1, 49) !


Abbé Kizito NIKIEMA, prêtre de l'archidiocèse de Ouagadougou (Burkina Faso)


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